ENB : l'ambition déçue d'une écurie belge en Formule 1

Au milieu des années 1950, le sport automobile belge traverse une période charnière. Figure emblématique de l'après-guerre, Johnny Claes est gravement atteint par la tuberculose. Conscient que la maladie l'empêchera de poursuivre sa carrière, il cède en 1955 son Écurie Belge ainsi que tout son matériel à Jacques Swaters. Celui-ci décide de fusionner cet héritage avec son Écurie Francorchamps pour donner naissance à une nouvelle structure : l'Équipe Nationale Belge (ENB).

Avant de disparaître prématurément en 1956, Johnny Claes dispute une ultime course sous les couleurs de cette nouvelle équipe. Au Grand Prix des Pays-Bas, à Zandvoort, il pilote une Ferrari 500 dont le châssis, déjà ancien malgré l'adoption d'un moteur de 2,5 litres conforme à la nouvelle réglementation, ne lui permet pas de rivaliser avec la concurrence. Il se qualifie en dernière position et termine également dernier en course, mettant un terme à une carrière qui avait largement contribué à faire connaître les couleurs belges sur les circuits internationaux.

Après cette transition, l'ENB réoriente provisoirement ses activités vers la Formule 2. En 1959, Lucien Bianchi et Alain de Changy tentent de qualifier leurs Cooper-Climax de F2 pour le prestigieux Grand Prix de Monaco, où les voitures de Formule 2 sont admises à compléter le plateau. Aucun des deux pilotes ne parvient toutefois à décrocher sa place sur la grille.

L'année 1960 marque un retour très discret en championnat du monde de Formule 1. L'Équipe Nationale Belge ne participe qu'à son épreuve nationale, disputée sur le spectaculaire circuit de Spa-Francorchamps. Au volant d'une Cooper T45, Lucien Bianchi franchit la ligne d'arrivée à la sixième place. Ce résultat constitue le meilleur de l'histoire de l'équipe en championnat du monde, même s'il convient de rappeler que seules six voitures sont classées.

La même saison, l'ENB connaît une réussite bien plus éclatante hors championnat. Lors du Grand Prix d'Afrique du Sud, disputé sur le circuit d'East London, Paul Frère s'impose au volant d'une Cooper T51, offrant à l'équipe une victoire de prestige.

En 1961, Jacques Swaters nourrit des ambitions plus élevées. L'équipe acquiert des châssis du constructeur britannique Emeryson, auxquels sont associés des moteurs Maserati. Le pari se révèle rapidement décevant. Les monoplaces manquent de compétitivité et de fiabilité. À Monaco, Lucien Bianchi et Olivier Gendebien échouent à se qualifier. Plus tard dans la saison, André Pilette connaît le même sort au Grand Prix d'Italie, à Monza.

Pour le Grand Prix de Belgique, l'ENB renonce temporairement à ses Emeryson et loue deux Lotus 18. Lucien Bianchi et Willy Mairesse prennent le départ devant leur public, mais tous deux abandonnent à la suite de problèmes mécaniques.

En 1962, Lucien Bianchi dispute de nouveau le Grand Prix de Belgique sur une Lotus 18/21 louée. Il rallie cette fois l'arrivée à une honorable neuvième place. Dans le même temps, les ingénieurs de l'équipe entreprennent une profonde transformation des Emeryson. Les modifications sont suffisamment importantes pour que les voitures soient officiellement rebaptisées ENB. Sur le papier, cette évolution fait de l'Équipe Nationale Belge le seul véritable constructeur belge engagé en championnat du monde de Formule 1.


La réalité est cependant moins glorieuse. La nouvelle monoplace peine toujours à rivaliser avec ses concurrentes. Bianchi réussit néanmoins à se qualifier de justesse pour le Grand Prix d'Allemagne sur le Nürburgring. Il termine seizième et dernier des pilotes classés. Cette apparition restera la seule de cette ENB en championnat du monde.

Si la Formule 1 ne lui apporte jamais les résultats espérés, l'Équipe Nationale Belge connaît en revanche de belles heures en endurance. Associée aux Ferrari engagées par Jacques Swaters, elle monte régulièrement sur le podium des 24 Heures du Mans. Troisième en 1959 puis en 1962, elle obtient son meilleur résultat avec une remarquable deuxième place en 1963. Un dernier podium, une troisième place en 1967, marque la fin de l'aventure sportive de cette structure qui aura incarné, durant plus d'une décennie, les ambitions belges au plus haut niveau du sport automobile.

Au total, l'Équipe Nationale Belge dispute six Grands Prix du championnat du monde de Formule 1 entre 1955 et 1962. Son meilleur résultat demeure la sixième place obtenue par Lucien Bianchi au Grand Prix de Belgique 1960, tandis que Johnny Claes, Lucien Bianchi et Willy Mairesse restent les trois pilotes ayant défendu ses couleurs en championnat.

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